LarmeDeGrand

Elles arrivent comme ça, sans crier gare, viennent des tripes, extirpent leur chemin, poussez-vous de là on arrive, elles montent montent montent tout d'abord à fleur de paupières jusqu'à éclater, déborder et sans effort elles coulent toutes seules, gravité oblige.
Sans demander notre avis elles s'imposent avec l'impératif d'un trop-plein d'émotions à évacuer, colère tristesse souffrance fatigue et rage mêlées qui font mal et qui dans un cri corporel dévalent les joues devenues creuses.
Ce sont des larmes de grand. De ceux qui cachent tout au fond d'eux l'enfant qu'ils étaient parce qu'ils veulent faire comme les grands, parce qu'il y a un temps pour tout, assurer garder la tête haute, pas pleurer, se maîtriser, contrôle contrôle, être maître de soi comme de sa vie, attention ça arrache, mais il faut au moins ça pour brandir fièrement l'étendard de la performance !  Car bordel, il s'agit bien de réussir sa vie, et vite, et ne pas faire comme les autres !
Des larmes de grand pour lâcher prise un instant ne plus être dans la lutte pendant quelques minutes et laisser couler... puisque tout coule...
Des larmes de grand, celle du vaillant petit soldat qui pose son armure et ses armes dérisoires pendant quelques instants, juste pour faire une pause, et se reconnecter avec sa nature profonde, celle de l'être doué d'émotions qu'il a trop souvent refoulées, parce qu'il ne fallait pas se disperser.
Ce sont des larmes de grand. Celles de l'adulte qui prendra la main de l'enfant, qui montrera le chemin une fois purifié de toutes ces choses négatives enfouies en lui, et qui regardera l'enfant avec la lumière de l'espoir, avide d'apprendre, jusqu'à repartir au combat, remettre la cuirasse, pas  pleurer, non pas tout le temps, et affronter les aléas de la vie la tête haute, dispersé et rassemblé à la fois.