Des lumières tamisées, une musique langoureuse dans une salle de danse, pardon, un temple de la sensualité. Au premier abord on plonge dans un cliché, avec toutes ces jeunes femmes en micro-short/brassière au ventre plat comme une conversation avec le voisin du dessus.

Après un échauffement spécifique, haut, bas du corps et beaucoup le bassin aussi, enfin on attaque la bête:cette énorme barre- la pole donc- qui ressemble aux barres dans les transports en commun. Je me vois déjà vers 17h dans le RER A à faire le reverse grab...pas sûr que les sardines parisiennes apprécient !

Girl-Pole-Dance

Les doigts glissent, mais comment vais-je tenir et évoluer autour de la barre, telle la sylphide que je ne serai qu'à force d'entraînement ? Un petit truc, éviter l'application de crème sur les mains et le corps quelques heures avant, pour éviter de glisser... déjà que quand on n'est pas aguerri, c'est galère de se hisser sur cette barre, alors enduite de corps gras, je vous laisse imaginer... Or, quand dans mon mini-short brassière je tournoie en figures lascives, je m'imagine plus en Lara Croft de la pole qu'en concombre de mer ascendant cachalot, apparence contre laquelle je lutte comme je peux.
Tout le corps est sollicité, là où le profane pense que seuls les bras travaillent, c'est gainage à fond, abdos, sollicitation des jambes jusqu'aux orteils: finis les bourrelets et les muscles flagadas, tout travaille et la perception de son corps s'en trouve renforcée. Moi qui bassinais mes élèves avec la prise de conscience du schéma corporel, je retrouve là des principes qui me sont chers. J'ai un corps, ça se voit, et surtout, j'en fais ce que je veux, et si j'ai envie de faire de la pole dance pour moi personne ne m'en empêchera. Et pourtant les préjugés ont la vie dure.
Oui on est dénudées -pas plus qu'à la plage ceci dit- en mini-short et en brassière,  mais c'est pour mieux tenir sur la barre parce que les vêtements aussi nous font glisser. Donc on élimine l'excuse du "je me désape pour qu'on me regarde." Une précision, il s'agit de faire les choses pour soi, pas pour les autres. Je ne vais donc pas me priver de la pratique de cette danse sous prétexte que des esprits obtus vont me coller des étiquettes, ce ne sera ni la première ni la dernière fois.

Et vu comme on transpire, vu le nombre de bleus sur les genoux, surtout au début, enfin je parle pour moi qui marque trop facilement, et vu les courbatures, on n'est prêt à consentir à ses douleurs pour soi et pour personne d'autre. Même si oui c'est sympa de faire une démonstration privée: prévoir un espace suffisant autour pour évoluer autour de la barre ( je pense au hasard, au dragonfly et au superman par exemple ) que vous aurez pris soin d'installer dans votre salon ou dans votre chambre, enfin où vous voulez quoi.

La pole dance connaît un engouement croissant, les femmes( même s'il y a aussi des hommes qui la pratiquent) y trouvent là un moyen d'expression...en réaction aux préjugés.

Des insultes, des suppositions,prêter des attentions étrangères à soi, reflet d'esprits obscurcis tout ça parce qu'une fille danse autour d'une barre en petite tenue ! Marre d'être stigmatisée alors qu'on ne fait que reprendre ce qui nous est propre, notre corps, trop souvent objectivé! Les grands mots, les belles figures pour glorifier la féminité, comme un pied de nez à tous ceux qui veulent nous déposséder de notre corps en remarques sexistes, et attitudes prédatrices! Moi aussi je fais partie de ces filles à la silhouette sculptée par l'effort. Être femme, pour moi avant tout.

Force, grâce, souplesse, discipline pour de jolies figues et vagues sexy autour de la barre: le monde est rigide et moi j'ondule autour.