Des joujoux par milliers, des paillettes et chocolats, regardez le calendrier, demain c'est Noël. Le concours de celui qui farcit la plus grosse dinde -passez-moi l'expression- la frénésie acheteuse pour oublier pendant quelques heures la morosité persistante de nos latitudes.

Noelimpératif

Finie la course aux cadeaux avec des papiers-emballages qu'on a acheté pour pouvoir les jeter... alors qu'on devrait limiter nos déchets. Les contradictions ne manquent pas. Limiter nos déchets mais pas nos dépenses, parce que tout est bon pour nous faire cracher. 
Prôner l'égalité et cultiver l'inégalité, avec des pratiques qui les creusent encore plus. Manquer d'argent et se sentir mal de ne pouvoir offrir le plus beau, le plus lumineux, le plus fantastique des Noël ! Eh oui les adjectifs ne manquent pas pour exprimer la quête du sommet de la montagne - ou du sapin en l'occurrence-  nourrissant ainsi, entre les huîtres et le foie gras, le manque et la frustration.
La dinde c'est nous, à courir pour offrir, acheter, consommer, dépenser le fric si durement gagné pour des cadeaux, des attentions made in le bout du monde qui inondent les marchés de Noël composés de chalets en bois écolo-irresponsable, témoins d'un décor factice dans lequel il est bon de s'émerveiller. Contradiction aussi, s'en mettre plein la panse pour se jeter dès le 26 sur les breuvages détox... avant le deuxième round de la Saint-Sylvestre. Excès en tous genres qui font les choux gras de la société de consommation. Dans tous les cas ça va dépenser un max. Les magasins nous remercient d'être aussi respectueux des traditions. 
Eh oh mollo ! Il est où le bon sens ?
Se réjouir de choses simples, avoir à manger dans son assiette tous les jours, plutôt que se gaver et après déprimer sur la balance, faire un regime pour perdre ce trop-plein, super génial, on en a profité maintenant on paie l'addition. Et s'user au travail pour renflouer les caisses de la banque, les agios à payer ou remplumer le bonhomme vert, ravi d'avoir permis à ses souscripteurs d'avoir vécu pendant quelques temps au-dessus de leurs moyens.
Il est ainsi compréhensible de constater que pour certains la fin d'année rouvre des plaies. Ceux qui n'ont plus de famille voient la solitude leur éclater à la figure, privés des préparatifs festifs auxquels ils ne participent pas. Le sentiment d'exclusion se trouve renforcé, et le mal-être grandit, jusqu'à expliquer une part des suicides plus fréquents en fin d'année. Alors force est de constater que le glissement d'une fête religieuse à une religiosité matérialiste ne fait qu'empirer le sentiment d'inadaptation et de gêne, d'être de trop, voire de n'être pas assez, et de ne pouvoir compter sur la seule valeur de sa personne, pensez-vous comment voulez-vous être zen, baigné dans un culte de la performance, à comparer qui a reçu le plus de cadeaux. Alors petit Papa Noël quand tu descendras du ciel, laisse donc tranquille mes souliers ne les encombre pas, j'en ai besoin pour marcher dans ce monde auprès des miens.