Les douces et tendres herbes s’inclinaient sous leurs pas. Tous deux avançaient d’une démarche religieusement lente, l’autel était au bout de cette allée. Ils s’imprégnaient de l’odeur douceâtre et âcre de la terre, de la vie qui grouillait, microscopique, et du murmure des chants de communion des êtres invisibles et fragiles.

soleilroseau

Une fois étendus, ils ouvraient leurs bras et caressaient les brins pour en tisser des liens le corps se fondait dans l’herbe tandis que le regard se perdait dans la voûte céleste, pour percer le secret de l’univers, pupille contre galaxie, et partir loin loin loin. Les nuages, nonces évanescents, décrivaient des images étirées et tous deux s’amusaient à y voir les figures sorties droit de leur tête. Le monde se déployait sous leurs yeux, ils étaient les maîtres du monde, en toute quiétude ils embrassaient l’infini, sans conflit, sans tumulte, à part le vent qui soufflait paisiblement dans les branches, au dessus de leurs têtes.

L’air devenait frais, ils frissonnaient doucement dans la clémence estivale. Le parfum de la tourbe s’invitait sur leurs corps, le crissement des grains de sable mêlés à l’humus, ceci était leur chair, la rosée s’évaporait, ceci était leur sang. Ils faisaient le grand écart entre deux mondes, la terre et le ciel, leurs corps se fondaient dans les éléments, ils étaient simplement là, heureux d’être là, à contempler l’univers de leurs petits yeux d’hommes. Allongés dans l’herbe à contempler, imaginer  et vivre le monde, telle était leur foi.