Quand tu es arrivé au monde, tu avais tout à y découvrir. Je te serrais contre mon sein pour t’envelopper de ma chaleur. Mais le bonheur utérin n’était déjà qu’un souvenir. J’ai toujours voulu t’armer contre le malheur, mais ce n’est pas ça, la vie.

Tu as grandi, tes dents ont poussé et dans la douleur tu as découvert une farandole de saveurs. Tu as appris à te tenir debout puis à marcher et dans cet apprentissage, tu es tombé, mais tu t’es relevé. Chaque pas martelait une petite victoire et une grande découverte. Là où dans mon ventre tout était simple, chaleur, sécurité, osmose, tu découvres maintenant que la vie est une lutte contre les éléments mais surtout contre toi-même. Avec dans la tête des questions: pourquoi, pourquoi toi ?

 

Petit coeur battant, tu en oublies le serrement originel de ton corps. Devant les difficultés, la fatigue de vivre prend le dessus, l'hiver dans le coeur, le souffle s'essouffle, et les coeurs s'écoeurent avec cette interrogation : comment s'en sortir.

Une drôle de bête noire s'est logée en toi. Ne la laisse pas prendre ses aises. Sinistre gueule béante sans visage, elle a pompé ta vitalité, avide tonneau des Danäides qui avale dans l'oubli tout le positif ! Même en plein jour, il fait nuit et même dans le ciel bleu, tu y vois les bleus de ton coeur, et le soleil ne brille que sur l'éclat de tes blessures. Coeur battant, il pourra y avoir cent mille personnes à s'inquiéter pour toi, ça ne changera rien. Dans ces cas-là on est encore plus seul qu'ailleurs. Seul avec autour, dedans, partout, l'abîme en soi.

 

Comment faire pour te garder ? Te parler des jours heureux ? De la vie qui coule entre nos doigts et dans nos veines ? Des souvenirs à perdre haleine ?

Coeur battant, laisse-moi te parler de la vie. Se confronter à la difficulté, relever des défis, rien n’est acquis, avancer avancer tête baissée parce que la vie c’est comme ça il faut avancer tête baissée tête bélier je sais on nous le rabâche dans une dictature du courage ! Il n’est question ni de courage ni de lâcheté, laisse les gens penser, c’est ta vie, pas la mienne, ni celle d’un autre ! Ta vie vaut toutes les peines. Chéris-la, malgré tout.

Aussi vrai que les étoiles naissent et meurent, aussi vrai que l'univers est perpétuel mouvement, nuages flottants, saisons glissantes, ta vie sera remplie de changements. Tu ne pourras la découvrir en restant d'humeur égale. Le monde tourne à toi de tourner avec lui, tu ne peux empêcher sa rotation et t'en révolter c'est arrêter de vivre. Pourtant la vie est un cadeau. Cette sévère préceptrice n'a pas forcément de sens. La vie nous est infligée, comme ça, à nous de nous débrouiller avec. On nous tend un fil et se met dessus. Et nous devenons équilibristes sur nos fils. D'un côté le hasard, le destin, enfin, appelle-le comme tu veux, l'idée c'est cette chose intangible, tout ce qui t'échappe. Mais de l'autre côté, la main qui tient le fil, tu la connais bien, puisque c'est la tienne.

 

Alors tu avances dans la vie, un pied devant l'autre pas le choix, sinon tu tombes. Et quand bien même tu tomberais ? Tu te relèves et puis c'est tout. Tu avances parce que tu ne le sais que trop bien, la vie ne tient qu'à un fil. Tu tiens un bout, le hasard tient l'autre. Si tu avais toutes les cartes en main, la vie ne serait pas cette fascinante succession des lendemains.Tout ce que tu fais tu le fais pour toi-même, jamais pour les autres. L'étincelle de vie ne peut venir que de l'intérieur. Il pourra y avoir des milliers de feux d'artifice autour de toi. Si tu fermes les yeux sur ton étincelle de vie, les gerbes de couleurs lancées dans le ciel ressembleront à des fleurs fanées avant d'avoir vécu.

Pense à cette loi de la nature: ce ne sont ni les faibles ni les plus forts qui s’en sortent, mais ceux qui s’adaptent. Qui font des épreuves une page de leur histoire, qui en puisent les ressources et toute leur complexité. Le temps dans lequel ta vie coule est un allié. Tu sais, coeur battant, la force ce n'est pas de garder les yeux secs, mais d'avancer avec la vue brouillée par les larmes.

Lève la tête. Que vois-tu ? Le ciel, couvert de nuages. S’il restait bleu, prendrais-tu le temps de le contempler ? Y imaginerais-tu toutes les formes que tu t’amuses à extraire de la voûte ? Y verrais-tu toute la palette de couleurs et les nuances que le soleil apporte ? Dans une vie de contrastes  tu saisiras toute la richesse de l’existence. C’est une pochette surprise, et non un cadeau, et toi seul peux en déterminer le contenu.
Ne fuis pas le combat, coeur battant. Palpite et saisis les aspérités, accepte les épreuves comme partie intégrante et non comme des obstacles à ta vie. Tu ne peux pas nier les difficultés et vivre dans un monde lisse, avec un encéphalogramme plat. Personne ne peut agir à ta place, ni te garder. A toi de te garder tout seul. Protège-toi, prends soin de toi. Il est hors de question de sortir indemne de la vie. Allez, coeur battant, relève la tête, regarde ces nuages, la vie t’attend.