Il y a tout de même des repères bien solides dans un monde des plus individualisés qu'il soit, où tout tourne autour du moi je moi je ! La société comme son nom l'indique, fait tout pour nous encourager au " bien vivre ensemble", puisqu'elle est fondée sur l'altérité. Tout est censé être plus facile ensemble. Et il est si bon de se sentir important aux yeux de quelqu'un ! Tout dans nos actes et nos efforts tend vers la fuite de la solitude: lieux de rencontres, associations, groupes de soutien, fêtes des voisins, rassemblements, solidarité, fraternité qui ne sont bien souvent que des mots que nous brandissons pour oublier, un tant soi peu, cette sensation qui glace le sang car trop souvent synonyme de tristesse et de malheur. " Tu ne vas pas rester seul(e) pour Pâques / Noël / la St-Sylvestre / la St-Valentin / la St-Glinglin ? Toujours seul(e) il y a quelque chose qui cloche ! Toujours pas casé(e) ? " Etre seul une tare ! Disons le clairement ! Une société qui fait tout pour diaboliser la solitude. Parce que nous ne l'avons pas apprivoisée. Elle nous apparaît rétive et sournoise, parce que le monde cultive la société, le vivre ensemble. Même la biologie va dans le sens d'Aristote, nous sommes donc des animaux sociaux. Ce qui est d'autant plus étonnant que les valeurs individualistes d'épanouissement personnel, les injonctions à se regarder à la loupe le nombril font florès. Il n'y a qu'à regarder, au hasard, les meilleures ventes dans les relais de gare par exemple. Si, si ! Arrêtez-vous un instant et observez ... Le bonheur mode d'emploi, 365 jours pour être heureux, je n'ai qu'une vie etc, et bien sûr celui- que vous tenez dans la main ! Toute une économie est fondée sur le mal-être apporté par la société. Des individus équilibrés pour une société équilibrée ? Tant que vous dépensez !

Nous vivons dans des lieux remplis de monde et nous sommes incroyablement connectés les uns aux autres grâce aux réseaux sociaux. A trop être sollicités à droite, à gauche, au-dessus, en dessous, on en ressent un grand vide intérieur. Pourquoi ? Serions-nous incapables de nous débrouiller seuls ? Bien sûr le besoin d'attachement est grand, se sentir aimé, estimé, apprécié, voire même dénigré plutôt qu'ignoré ! Regardez-donc peu dans votre entourage, les exemples ne manquent pas. Bien souvent, certaines personnes restent pendant des années auprès d’une personne qui leur fait plus de mal que de bien, simplement parce qu’elles ressentent cette peur immense d’être seules.

Avons-nous si peur de nous, nous détestons -nous à ce point pour fuir notre propre compagnie et éviter de nous retrouver face à nous-mêmes ? Il faudrait bien pourtant apprivoiser sa propre existence et composer avec l'être unique qui vit en chacun de nous. De toute façon pas le choix, nous devons avancer seuls. Même si dans la vie de tous les jours nous aimons être entourés, accompagnés, épaulés, aimés, nous naissons seuls, nous vivons seuls, et même dans les bras de l'être aimé nous mourrons seul. Rêver de l'âme soeur, de l'autre qui viendrait nous compléter, la faute à Platon, et fusionner avec lui pour atteindre les cieux et se rapprocher des dieux, le souhait d'être compris d'un seul regard, réchauffé d'une étreinte, soutenu d'un regard, d'une parole, oh quels voeux pieux pour nous qui rêvons de mieux ! Avec tout ce monde autour de nous il y aura bien quelqu'un pour nous accompagner dans la vie ! Et je ne me limite pas au sentiment amoureux. Que nenni ! Je préciserais même que la recherche de l'autre diffère du sentiment amoureux, là où il y a enjeu de séduction, ce qu'il n'y a pas dans une relation authentique avec une personne qu'on aimerait voir comme notre alter ego. Personne ne pourra combler de manière parfaite le vide intérieur dont nous souffrons. Et pourtant là où on nous dit que c'est une faille, moi j'y vois une force qui nous pousse vers le monde, qui nous fait sentir le souffle du vent sur la peau, la tiédeur du soleil printanier, les herbes coupées et le pain grillé , que sais-je encore ! Pourquoi ces actes simples sont-ils aussi difficiles à apprécier ? Parce qu'ils nous renvoient à nous-mêmes, à notre propre liberté.

NoirlumièreS'il ne doit en rester qu'une ... une seule ... ce sera elle . Enfin, ce sera vous. Votre amie fidèle depuis le premier jour jusqu'au dernier, celle qui vous suit comme la part obscure de vous-mêmes, dans les grands moments de joie comme dans les moments de doute, elle se fait discrète, d'un pincement au coeur, timide, d'un frisson dans le dos, majestueuse devant le gouffre, elle hurle la vertigineuse vastitude du monde qu'elle contient dans le coeur elle vous pousse à vous découvrir vous-mêmes, dans l'isolement ou dans la foule, elle, votre amie la plus fidèle, la solitude.