Je ne suis rien.  Je me promène tout passe et moi aussi. Surtout moi d'ailleurs, moi qui je ne suis la même personne que j'étais il y a une seconde, je passe et tout passe. J'avance dans le temps car je ne peux faire marche arrière, j'avance et mon existence se résume à un clin d'oeil pour le soleil, moi simple être humain j'aurais beau aspirer à l'immortalité je n'en suis pas moins souffle de vent dans les ténèbres infinies. J'avance et les étoiles me regardent tout comme elles ont regardé les autres  depuis des millénaires, mais nous ne sommes que faible consolation dans leur ennui éternel. Je ne suis rien et pourtant je cours comme tout un chacun pour un instant d'éternité, instantané grappillé sur le net, je poste, vous commentez et c'est chouette,  je suis vivante et surtout je laisse une trace numérique:  et vas-y que tu me prends en photos s'il te plait et surtout qu'on voie bien que j'ai une vie trépidante et forcément très intéressante car voyez-vous je vais bien sûr sélectionner ce que je vous montre, apparence tout est apparence, vive l'individu, heu pardon, je veux dire vive moi,moi et MOI, n'y allons pas par quatre chemins bon sang !  Je bénis l'enregistrement des données personnelles par les serveurs, je laisse une trace, quoi qu'il arrive, n'en déplaise aux lois informatiques et liberté. A l'époque de l'individu roi, prouver son existence et surtout laisser une trace de soi à la postérité devient plus que jamais indispensable ! Normal, on se dissout derrière des technologies, nous ne sommes plus vraiment là quand nous sommes là, puisqu'il faut absolument immortaliser l'instant présent avec les "selfies". Et je ne vous parle même pas des visites et autres manifestations qui se vivent derrière l'écran où l'on surveille l'enregistrement de ce qu'on postera sur internet une fois l'événement passé. Nous cherchons déjà l'éternité en nous projetant dans les traces que nous allons laisser. Le présent est vécu dans le seul but de laisser une marque de notre passage, normal, au présent nous ne sommes rien, éclatés dans des messages, mails, messagerie instantanée, etc, pour être ici mais surtout là-bas et ailleurs. Pour fuir le présent. On pense déjà à l'après sans vivre le présent. Cela ne lui enlève-t-il pas sa consistance ? Vous allez me dire que je suis hypocrite, car en postant un message sur un blog, n'est-ce pas un peu la même chose ?  A vous de voir. Toujours est-il que le rapport au temps qui passe est différent. Et puis je suis loin de chercher mon quart d'heure de célébrité ! Car remettons bien les choses à leur place, il n'est pas là question de fatuité à pousser l'immodestie de passer à la postérité grâce à de simples articles sur un blog ! J'ai bien conscience de la limite de tout cela je suis loin d'être tombée de la dernière pluie, et même mon existence peut se comparer à la durée d'une averse à l'échelle du monde en mouvement.

tracemain

Je regarde l'eau couler dans le ruisseau et je coule avec elle, emportée par ses tourbillons et filant je ne sais où. Je suis la bulle de savon qui disparaît au moindre toucher, je suis la braise qui s'éteint avant de ne laisser que la fumée qui se dissipera dans le ciel, je suis l'écume balayée par la prochaine vague, je suis la seconde déjà échue au moment où je vous écris. Les étoiles me regardent et dans le silence accompagnent de leur douce lumière mes pas vers je ne sais quoi. Elles seules le savent. J'avance dans le monde, si petit être à l'existence infime, et elles me voient passer, comme une comète dans le ciel, le temps d'un simple soupir à l'échelle géologique. Je ne suis rien et je suis tout. Je ne fais qu'un avec les éléments, je suis invisible et ça me va très bien. Les volutes de mes pensées sont légères et vides elles tournent et s'évaporent.  J'avance dans le hurlement du monde, mes cris sont perçus comme du silence, je suis dans la cage de verre, invisible, silencieuse et inconnue. Et ça me va très bien. Il n'y a rien, rien que moi et la lumière des étoiles dans la nuit. Je suis au monde et que je le hante ou que je l'enchante de ma présence, qu'importe, l'instant est parfait: je suis quelqu'un.