Le vieil homme marchait tranquillement, dans l'allée bordée d'arbres, quand il la vit, seule sur un banc, le regard perdu. Au premier abord, la jeune femme semblait profiter de cette belle journée pour un bain de soleil improvisé. Une brise légère faisait voler ses longs cheveux bruns retenus négligemment par deux petits papillons posés au dessus des oreilles. A mesure qu'il s'approchait, les traits de son visage se précisaient. Elle avait les yeux fermés. Il ralentit le pas pour ne pas troubler sa quiétude. Il fut surpris de voir que les joues scintillaient dans la lumière du soleil. Deux rivières ondoyantes qui se faufilaient sur ses joues pour plonger sur sa blouse, formant ainsi de petites taches éphémères. Elle semblait s'offrir au vent, immobile dans toute sa beauté souffrante. Les larmes coulaient silencieusement comme des perles qui dégringolaient le long d'un collier cassé.

banc

 Emu par cette apparition et fasciné par la régularité à laquelle les yeux se vidaient, il ralentit son pas pour atteindre le banc. La curiosité l'animait et sans réfléchir, il s'arrêta devant elle. Silence. La jeune femme semblait loin, seules les larmes atteignirent le vieil homme en plein coeur. Après une courte hésitation, il se résigna à s'asseoir à côté d'elle. Silence. De longues secondes s'écoulaient tandis que ces deux personnes savouraient l'intimité de l'instant suspendu. Combien de temps s'écoula ainsi ? Qui allait engager la conversation ? Celle-ci était-elle nécessaire ? Là où les mots ne suffisaient plus, dans la détresse de l'âme et des coeurs solitaires, s'asseoir quelques instants à côté d'une inconnue, la regarder et se taire, paraissait ce qui exprimer le mieux la solidarité douce et discrète d'un passant.

Lentement, après un soupir, il se releva, doucement, en veillant à ne pas bousculer l'inconnue dans sa détresse quasi-méditative. Il fit un pas en avant puis tourna la tête . Les yeux de la jeune femme étaient noirs. Elle souriait.

Il repartit doucement. Il ne saurait jamais si ce sourire était la réaction de la jeune femme à sa présence discrète, mais il aimait le croire.