"Avec le temps j'ai appris que nous étions tous dans la peste et j'ai perdu la paix. Je la cherche encore aujourd'hui." écrit Tarrou dans La Peste d'A.Camus. Il demeure en trouble avec lui-même et n'a pas bonne conscience: il estime que son père, un juge , est un assassin parce qu'il a condamné un homme à mort. Au fond de nous-mêmes nous sommes tous des Tarrou. Face à une situation de conflit et de désordre qui nous trouble et provoque une agitation de l'âme, nous nous posons la question: Peut-on vivre en paix ? Par ailleurs, le seul fait de se poser la question prouve que l'homme ne vit pas en paix. Il ne s'agit pas là de trancher par un oui ou parun non, mais plutôt de comprendre qu'est-ce qui empêche l'être humain de vivre en paix. La nature humaine demeure un obstacle à la paix même lorsqu'elle agit en faveur de la tranquillité et de l'entente, c'est pourquoi on peut se demander si la paix n'est pas réservée à une élite de la race humaine.

L'homme, par sa pugnacité et sa nature perpétuellement insatisfaite est lui-même une entrave à la paix.  L'agressivité et la violence sont le propre de l'être humain et la combativité reste nécessaire à l'homme. Il faut se battre pour trouver sa place dans le monde. Ainsi la guerre entre les hommes devient favorable selon Nietzche qui soutient que le conflit est un facteur de développement. Il considère qu'il y a moins d'égoïsme et d'égocentrisme dans la guerre que dans la paix. Il pense en effet que la paix est synonyme de faiblesse, car l'homme est bel et bien un être violent, un être de mouvement. Il semblerait par conséquent qu'il doit se battre pour vivre et que la paix n'existe pas. "Combattre ou mourir" il faut choisir... Leibniz se souvient " de la devise d'un cimetière: pax perpetua ( paix éternelle )= les morts ne se battent point, mais les vivants sont d'une autre humeur". La violence et le conflit sont inhérents à l'homme parce qu'ils lui permettent d'être au monde en tant qu'homme.
 L'être humain est en outre toujours insatisfait de sa condition. Par sa nature, il vit des conflits avec les autres et lui-même: par exemple, lorsqu'on emploie l'expression "résister à la tentation", on insiste bien sur l'image d'un conflit, d'un combat avec soi-même. Il s'agit de lutter contre la tentation et d'en sortir vainqueur. Cette éternelle insatisfaction passe en quelque sorte pour la cause du malheur humain, oimme Balzac l'a développé dans La Peau de Chagrin " Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit": la peau symbolise l'existence humaine qui à chaque désir assouvi se racornit. L'homme est un animal en proie aux désirs. Spinoza va même plus loin  en affirmant que le désir est l'essence de l'homme. Le désir naît du manque, donc de l'insatisfaction, or, la paix serait plutôt une harmonie avec soi-même et le monde. D'un point de vue encore plus profond, la conscience de l'homme entrave sa marche vers la paix. D'après Kant l'homme prend conscience de sa persoone par le Je il perçoit le monde en tant que personne,  être doté d'un moi. Il cherche continuellement à accrocher sa conscience avec le monde. Toutefois, la conscience recherche une paix absolue, c'est pourquoi demeure-t-elle un obstacle ( l'Absolu en lui-même est inaccessible) Admettons la situation suivante: nous vivons en France, dans un pays apparemment en paix. Certes, au quotidien nous ne voyons pas de conflit armé qui vient perturber notre espace de vie, mais il y a un peu partout ailleurs des guerres et des massacres plus ignobles les uns les autres, et encore je ne parle pas ici des horreurs qu'il y a dans notre pays, ce sera pour une autre fois.  Ce contexte belliqueux  nous donne mauvaise conscience  parce que nous sommes tranquillement lotis dans nos maisons, à philosopher et à discuter.  Nous sommes alors troublés et notre conscience n'admet pas une telle image entre les situations du monde puisqu'elle recherche  l'harmonie. La nature humaine demeure alors un écueil pour la paix à cause de sa violence. L'homme entretient des rapports violents avec les autres, donc entrave la paix avec lui-même. Il mène un combat intérieur où il doit savoir gérer ses désirs et relativiser la paix. Paradoxalement, l'homme, créature de combat recherche la paix.

Celle-ci passe par un voeux individuel et collectif. L'état de nature, l'état de guerre est considéré comme invivable à cause des rapports violents qui le caractérisent. C'est pourquoi l'homme a tendance à préférer la paix. Or, celle-ci peut s'avérer d'autant plus dangereuse: violence et agressivité refoulées menacent de ressortir un jour amplifiées. L'être humain cherche à s'harmoniser avec le monde qui l'entoure. Il préfère donc la paix à l'état de nature, estimé insupportable: "l'homme est un loup pour l'homme" pense T.Hobbes. Il estime que les rapports naturels entre les hommes sont méfiance, rivalité et agressivité, comme il le développe dans le Léviathan: " (...) les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tient en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est la guerre de chacun contre chacun." Toutefois, l'homme tend à préférer la sécurité et la paix, parce qu'il serait invivable de vivre dans une telle jungle où les hommes se batteraient continuellement. L'Etat est créé suite à ce raisonnement, sous l'effet de la volonté générale. Il agit comme une puissance organisatrice pour réguler les rapports violents entre les hommes. L'état de paix entre les hommes vivants côte à côte n'est pas un état de nature: l'homme fait un effort pour vivre en harmonie avec le monde intérieur et extérieur. Il recherche un équilibre, une entente fondée sur la liberté et la sécurité entre les hommes". ( Voeu pieux, mais bon , c'est bien de rêver....) Notre société a tendance à s'assoupir dans le confort et la sécurité, or tout ce qui est refoulé menace de ressortir un jour. L'instinct de lutte est naturel, il ne faut surtout pas le refouler, sinon "il revient au galop." ( Attention, je ne fais pas l'apologie de la guerre, ce sont juste des réflexions sur notre nature) combien de guerres, et de traités pour la paix, dans la valse du monde, et de l'histoire qui se répète, malgré les leçons qu'elle apporte ? Un traité de paix n'est pas la paix comme l'affirme Kant dans un essai sur le projet de paix perpétuelle: "Aucun traité de paix ne doit valoir comme tel, si on l'a conclu en se réservant tacitement matière à guerre future". Le traité impose la paix par une supression d'armes par exemple, mais une tension subsiste. La paix ne doit pas être instituée parce qu'elle crée la guerre; de même la guerre est un moyen de réalisation de la paix,  nl'un ne vit pas sans l'autre? La paix est un souhait que l'humanité voudrait concrétiser, c'est pourquoi elle crée divers moyens pour l'approcher. L'homme sait que vouloir vivre en paix absolue serait utopique: il donne alors à la paix une valeur plus modeste. Chaucn peut trouver sa paix, la paix qui lui convient. L'être humain, dans sa quête vers la paix et la sérénité a trouvé divers procédés: il s'agit de la paix" à la carte", religions prétendant connaître la méthode pour parvenir à la sérénité de l'âme  et sur le plan politique, F.Roosevelt recherchait un idéal de paix dans le monde. L'ONU fut créée à partir de cet idéal. De nos jours cette quête de la paix se trahit par la recrudescence du yoga et de toutes les méthodes orientales réputées pour leur sagesse et leur sérénité et la prolifération d'organismes qui se veulent pacifiques. Ainsi, l'homme recherche une paix intérieure et sociale. La nature humaine est si ambigüe que d'une part elle demeure une barrière à la paix et d'autre part,  elle fournit un effort désespéré pour accéder à la Paix, en réprimant sa propre violence. Il semblait par conséquence qu'il faille s'éloigner de sa propre nature, des criètes qui caractérisent l'être humain pour espérer vivre en paix. Mais rares sont les individus capables de s'éloigner de leur nature. La paix est-elle alors réservée à une élite humaine ?

Tout, nous-mêmes comme notre condition, nous rend la paix inacessible. La paix suscite une entente, un accord, or l'homme n'est jamais tout à fait en accord avec lui-même et le monde dont il dépend énormément. Il existe un conflit entre la raison et les passions, mouvements subis par l'âme durablement. De ce fait, la philosophie classique a condamné les passions car elles empêchaient la liberté et la paix intérieure. L'homme est comparé à un tonneau qui fuit: il n'est jamais parfaitement tranquille. La mauvaise gestion des passions et des désirs entraîne un désordre dans l'homme et est accompagnée de souffrance ( elle se situe donc aux antipodes de l'ataraxie) Stoïciens et Epicuriens ont suivi cette même optique.  Par la raison, l'être humain atteint d'abord l'absence de douleur, puis la paix de l'âme. Il faut dominer ses désirs, distinguer ce qui dépend de nous et ce qui est déjà déterminé pour trouver une paix intérieure et accéder à l'ataraxie. Malheureusement, il est beaucoup plus difficile de vivre en paix qu'on ne le pense parce qu'il existe un conflit sous-jacent dans notre conscience. S.Freud reste très pessimiste quant à la nature humaine car le conflit du surmoi ( rôle de juge vis-à-vis du moi) et du ça ( réservoir des pulsions et du refoulé) est permanent et toujours accompagné de souffrance. En effet, "le moi n'est pas maître dans sa maison" et l'inconscient hante notre conscience ( les rêves troublent le sommeil). La paix paraît alors inabordable, même au plus profond de l'homme, car en mettant en corrélation les deux raisonnements, on peut déjà en déduire qu'il faudrait être quelqu'un de dissemblable de la nature humaine (un surhomme peut-être ?) pour parvenir à cet état de paix. Et l'homme est si dépendant du monde extérieur, un monde sans cesse en mouvement, qu'il est entraîné par cette dynamique et doit suivre ce mouvement. Or, le monde change sans cesse, il nous est alors impossible de comprendre les choses. Cependant l'humanité veut se mettre en accord avec le monde, en utilisant notamment la philosophie. Son rapport avec l'extérieur la gêne pour trouver l'harmonie. Le monde devient alors un obstacle à la paix. Par conséquent l'être humain doit se coupe du monde  et de ce qui l'entoure pour pouvoir vivre en paix. ( Maix vivre en paix n'est-ce pas vivre en harmonie avec le monde ?) chose bien difficile venant de "l'animal politique". Mersault, le protagoniste de l'Etranger d'A.Camus vit en toute sérénité: il ne se pose pas de question, n'éprouve aucun sentiment. Il ne fait que vivre et reste étranger à la nature humaine. Il vit en paix jusqu'au moment où la société intervient, le considère comme anormal, le juge et le condamne à mort... tous ceux qui prétendent connaître la paix absolue sont retirés du monde (ascètes, moines..) La paix semble alors réservée à des personnes en marge de l'humanité. L'homme recherche désespérement la paix et lorsqu'il a pris conscience que son entourage est une entrave à sa démarche, il essaie parfois de l'esquiver... Pourtant, ceci ne suffit pas, parce qu'au fond de son âme a lieu une "guerre psychologique": l'homme n'est jamais tout à fait en paix.

POVEP

L'humanité a pour caractéristique une insatisfaction continuelle de sa nature, donc elle demeure un obstacle à la paix. Paradoxalement, la paix est un voeu collectif et individuel.  Il existe de nombreux moyens d'avancer vers la paix, qui ne seront pas développés ici parce que vous avez déjà un bon mal de crâne après la lecture de cet article et que humblement je ne pense pas avoir la solution miracle, c'est juste une réflexion sur le voeu commun à l'humanité.  Revenons donc au sujet pour le conclure : l'homme recherche en fait une double harmonisation: avec lui-même et avec le monde. En fait, "vivre en paix" est un défi qu'il tente de relever. C'est de plus une idée productrice qui a permis de créer l'Etat et le Contrat Social. Avec une bonne louche de cynisme j'ajouterai que la guerre est certes moteur dans l'évolution de l'humanité. La paix paraîtrait concrétisée lorsque la vie intérieure serait en harmonie avec la réalité extérieure. Paix chimérique et inatteignable.  Au plus profond de son identité, l'homme est guerre. Alors "peut-on vivre en paix"?  L'être humain doit " assumer le plus d'humanité possible" pour pouvoir espérer vivre en paix et harmonie avec lui-même et le monde, comme A. Gide l'explique lui-même en fermant les nouvelles nourritures terrestres par ces mots: " Du jour où tu commenceras à comprendre que le responsable de presque tous les maux, ce n'est pas Dieu, ce sont les hommes, tu ne prendras plus ton parti de ces maux." 

Et il termine avec ces cinq mots qui ont une résonnance particulière  pour l'humanité qui se déchire depuis des millénaires  " Ne sacrifie pas aux idoles".

Ceci est juste une réflexion, le débat est toujours ouvert...