IMG_20150112_142334.jpg3h21... nuit noire. Seuls traversaient sous les entailles du bois vermoulu les rayons de l'éclairage public. Les taches lumineuses dessinaient des formes abstraites sur le plafond. Il ouvraitles yeux, et sans savoir pourquoi, fut réveillé d'un coup. Tout était évident dans son esprit : c'était le bazar intégral.

Les pensées se bousculaient confusément dans sa tête, il voulait défier le temps, se surpasser, devenir immortel, il courait, il rêvait, mas ce n'étaient là que les minces instants de son passage sur terre. Il savait ce qu'il ne voulait pas être, et avait cependant besoin d'avoir sa conscience pour lui, pour avancer, pour marcher droit puis s'élancer. La vie avait une fin et si elle avait un sens, c'était de bien la vivre. De toute façon,  toutes les bonnes choses ont une fin !  Il soupira. Il faisait correctement son travail, oui, du mieux qu'il le pouvait. Il faisait des efforts pour être disponible pour sa famille.

3h21. L'heure le fit sourire. 3,2,1. Encore sur une ligne de départ, sauf que cette nuit-là, quand chaque pensée était une foulée, il courait dans ses rêves. Il venait d'ouvrir les yeux dans l'obscurité et les idées lui parurent claires. Pourquoi avoir une vision manichéenne du monde ? Tout trancher, bien, mal, noir, blanc, poser des limites, tandis que  le monde est en constant mouvement ! Les larmes se mêlent aux rires, les lignes droites aux tangentes, les envies aux obligations, le ciel à la terre, le mur à l'horizon, tout se mêle et il n'avait que sa cadence d'humain pour avancer. Il avait souvent le sentiment d'être un insecte insignifiant qui volait sans but pour s'égarer près de lanternes frétillantes avant l'extinction.

Comment déjouer le temps et ses atours ? La course l'entretenait mais ne lui permettait pas de laissser une trace de lui-même sauf dans un palmarès de club d'athlétisme. Il partait,  sans raison, il filait vers l'horizon, aspiré par quoi, par quelles motivations ? Les Oneiroi lui soufflaient amour, élévation, rêves, accomplissment de soi, épanouissement, tous les termes bien à la mode dans les recueils de développement personnel. Le doute était un bon moteur : il se cherchait sans savoir comment appuyer sur l'accélérateur et quand il semblait prêt à s'envoler, de mornes résolutions l'attrapaient à la cheville en plein saut et il dégringolait jusqu'à terre.

Les murs restaient noirs, le plafond tacheté de lumière, et à sa droite, la lumière rouge du radio-réveil, comme une voie de secours toujours allumée, lui suggérait impérieusement le temps qui filait. Il trouvait la manière de franchir les limites dans la discipline de la course . Il trouverait bien les obstacles à franchir pour s'accomplir et se rendre heureux ! Il ne voulait pas simplement vivre sa vie, il voulait la vivre fort:  il gratouillait la guitare comme il disait, il gribouillait quelques mots, comme il disait, il se rêvait artiste quelques fois, comme il disait, il voulait avoir l'audace d'être lui-même, comme il disait.

Les rêves sont intéressants car ils sont inaccessibles. L'intérêt de toute action vient de la difficulté que l'on rencontre pour l'accomplir.

Il se retourna, remonta la couette jusqu'aux joues, ferma les yeux, et laissa ses réflexions divaguer... Et .... ?

Ah on ne peut pas tout dire car ce qui est de plus universel en nous n'a pas de mot et se vit ... Maintenant que vous avez lu, à vous de deviner ! Marchez, courez , envolez-vous !

Suite de  http://rosapristina.canalblog.com/archives/2014/11/03/30859084.html   et de      http://rosapristina.canalblog.com/archives/2014/11/09/30875903.html